
L’invasion de la maussade Lodève par un impressionnant nombre d’artistes, poètes, danseurs et autres restaurateurs aux senteurs exotiques est toujours aussi surprenant l’été venu. Les gens se mélangent, communiquent et se réunissent devant les scènes pour de nombreux événements et concerts de différentes tailles. Les plus modestes sont gratuits et vous amènent dans tous les coins du monde de la “mare medi terra” ; j’ai pour ma part assisté après le concert de ce soir à des contes venus apparemment de l’ancienne Perse et à une prestation de percussions marocaines. Les big vedettes sont évidemment payantes (une trentaine d’euros) et parmi les affiches collées sur les murs au fil des rues apparaît le visage de Juliette Gréco, montpelliéraine de naissance au passage. Direction Saint-Fulcrand pour assister au récital de la dame qui a amené avec elle un public varié, du gamin baffable au fossile somnolent.
Quand l’immortelle Juliette monte sur scène, l’émotion est (vraiment) à son comble. Accompagnée par son mari Georges Jouannest au piano (le compositeur attitré de Jacques Brel, en particulier de “Ne me quitte pas” et d’une trentaine d’autres chansons) et de “nom mangé par un micro mal réglé” à l’accordéon, elle mise sur un décor simple et de couleur noire, comme sa tenue. Pas de fioritures, ce n’est vraiment le genre de la maison Gréco. Et la voila qui se met à chanter et le temps s’arrête...
En effet, son interprétation des classiques de Brel “Mathilde”, “La chanson des vieux amants”, “Ne me quitte pas” de Brel, “Avec le temps” et “Jolie môme” de Ferré, “Accordéon” et “La javanaise” de Gainsbourg, “Être né quelque part” de Le Forestier ou des moins connues comme “Non Monsieur je n’ai pas vingt ans” (Henri Gougaud) ou “Utile” du duo Clerc / Roda-Gil laisse sans voix. La jeune fille de quelques dizaines d’années n’a rien perdu de sa voix et de son ton espiègle et envoûte littéralement la totalité des gens assis là, éberlués. Je suis curieux de nous voir tous à son âge...
“Je ne devrais plus chanter cette chanson-là” dit-elle avec un sourire malicieux... De quel morceau parle-t-elle donc si ce n’est le fameux “Déshabillez-moi” qu’elle interprète tout de velours, ajoutant à sa superbe voix féline des mimiques craquantes. Rarement une heure trente minutes passent aussi vite et c’est avec un sourire chaleureux mais aussi un petit peu de fatigue qu’elle quitte la scène en la couvrant de baisers imaginaires. Ah si la jeune génération pouvait en prendre un peu de la graine... Chapeau Madame...
PS : petit message méprisant à l’adresse des deux paparazzi qui ont mitraillé le concert pendant les trois premiers morceaux de leurs détestables “tactactactac” numériques au détriment de mes (nos !) fines oreilles ! Où est le temps de l’argentique et du quart d’heure qu’il fallait minimum pour réussir une photo ? Soupir...
[Publié à l’origine sur http://www.detoxinfos.net/]